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Jureur

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Assiette humoristique se moquant de la duplicité de prêtres jureurs : « Je jure de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution & [je la hais] » (jeu de mots avec la haie dessinée).

Pendant la Révolution française, on a désigné comme prêtres jureurs les membres du clergé qui acceptèrent de prêter serment à la Constitution civile du clergé. On parle aussi aujourd'hui de prêtres constitutionnels, ou prêtres assermentés, par opposition aux prêtres réfractaires qui ont refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé.

Le terme de « jureur » a été employé de façon péjorative dans le clergé catholique pour désigner les prêtres qui ont prêté serment à la Constitution civile du clergé du .

Le pape Pie VI, par une instruction du , reprise dans un bref apostolique du , interdit aux fidèles de communier, recevoir le sacrement de mariage ou tout autre sacrement des mains d'un curé ou autre prêtre jureur, à l'exception du baptême dans un cas de pressante nécessité et s'il ne se trouve aucun prêtre à proximité qui soit pourvu de pouvoirs légitimes ; il interdit aussi aux fidèles d'assister à une messe, prière publique ou autre cérémonie tenue par un prêtre jureur, et aux prêtres non jureurs d'avoir aucun rapport avec celui-ci dans l'ordre spirituel. Le prêtre jureur qui assume une fonction d'ordre spirituel est donc pour l'Église catholique et romaine un « intrus », ou un « rebelle »[1].

Le concordat du 15 juillet 1801, conclu entre les représentants de Napoléon Bonaparte, Premier Consul, et du nouveau pape Pie VII, met fin à la rupture entre le clergé assermenté (« jureur ») et le clergé réfractaire (qui avait refusé le serment). Le Premier Consul voudrait que cette disposition soit immédiatement applicable ; le , le ministre Portalis écrit aux « citoyens archevêques et évêques » pour leur demander de choisir un de leurs grands vicaires dans le clergé constitutionnel, et « un tiers ou un quart » de leurs curés et chanoines dans ce clergé. Cette instruction cause l'indignation de prêtres comme Jean Brion, curé de Cirières dans les Deux-Sèvres : « Messieurs, si le "citoyen évêque" de Poitiers (…) m'expédie un curé jureur pour vérifier mes comptes, je flanquerai l'odieux personnage, incontinent, à la porte ! »[2]

La plupart des évêques constitutionnels font leur soumission à Rome. Cependant, certains prêtres constitutionnels refusent ce qui apparaîtrait comme une absolution ou une rétractation, estimant que leur serment à la constitution civile ne les met pas en rupture avec leur foi[3]. À l'inverse, des prêtres réfractaires comme Jean-Charles de Coucy, évêque de La Rochelle, rejettent le concordat qui mettrait les prêtres jureurs à égalité avec les prêtres non jureurs : ce refus est à l'origine d'un schisme anti-concordataire, la « Petite Église[4] ».

Une fois la Restauration effectuée, la monarchie française se renseigne auprès de Pie VII sur le statut des prêtres jureurs. À la question de savoir si un fidèle peut assister ou servir de parrain dans un baptême opéré par un prêtre jureur, l'instruction pontificale répond en 1816 : « Non à ces deux questions : par la raison que ce jureur, que cet intrus sont certainement schismatiques ; leur schisme est notoire[5] ». Le pape recommandait de ne plus admettre les « jureurs » au sein du clergé à moins d'une complète rétractation et d'une sévère pénitence ; certains évêques allaient jusqu'à refuser définitivement toute réconciliation aux « schismatiques ». Dans les régions catholiques, particulièrement dans l'ouest de la France, les « jureurs » sont ostracisés par les fidèles et il arrive que les paysans les chassent à coups de fourche[6].

Notes et références

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  1. ↑ Delbos 1853, p. 253-259.
  2. ↑ Billaud 1982, p. 98.
  3. ↑ Billaud 1982, p. 95-96.
  4. ↑ Billaud 1982, p. 88-91.
  5. ↑ Delbos 1853, p. 253-254.
  6. ↑ Billaud 1982, p. 95.
  7. ↑ Etienne Aubrée, La Tourgue de Victor Hugo dans la forêt de Fougères, éd. H. Champion, 1930, p. 82.
  8. ↑ Paul Vernois, Le roman rustique de George Sand à Ramuz, Nizet, 1962, p. 168.

Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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