Georges Henner
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Georges Henner, né le à Mulhouse et mort le dans la même ville, est un policier français. Secrétaire de la police municipale de Mulhouse dans l'Alsace annexée de fait, il met sa position au service de plusieurs organisations clandestines : il fournit des documents vierges à la 7e colonne d'Alsace, notamment pour l'évasion du général Henri Giraud, participe à une filière de passage de prisonniers de guerre évadés et soutient l'organisation du docteur Charles Bareiss. Arrêté en 1942 et condamné à mort par le Reichskriegsgericht (« cour martiale du Reich »), il est gracié et survit à sa détention dans les prisons allemandes.
Biographie
[modifier | modifier le code]Georges Jean Henner est le fils de Georges Henner, mécanicien de locomotive, et d'Eugénie Beckrich. Après avoir quitté l'école mulhousienne en 1914, il devient aide-vendeur. Mobilisé par l'armée allemande en , il sert sur le front de l'Est et n'est rendu à la vie civile que le [1],[2].
Après le retour de l'Alsace à la France, il entre dans la police à Mulhouse le . Pendant l'entre-deux-guerres, il adhère à la Section française de l'Internationale ouvrière et préside l'amicale des policiers de la ville. Lorsque les Allemands annexent de fait l'Alsace en , les nouvelles autorités le conservent à son poste de secrétaire du commissariat central de Mulhouse et le versent d'office dans leurs propres services de police[1],[2],[3].
Le à Wittenheim, il épouse Henriette Émilie Misslin[4].
Activités clandestines
[modifier | modifier le code]Dès la fin de 1940, Georges Henner s'engage dans la 7e colonne d'Alsace, futur réseau Martial, qu'il approvisionne en documents officiels vierges. Dans le cadre de l'évasion du général Giraud, en , il remet à l'industriel Max Schieber des permis de conduire vierges, soustraits aux réserves constituées pour doter l'ensemble des Alsaciens de permis allemands[1],[3].
C'est cependant l'aide aux fugitifs qui mobilise le plus son énergie. Avec Raymond Berchtold et Marcel Scherrer, il fait fonctionner à Mulhouse une filière destinée aux prisonniers de guerre évadés, à laquelle participent également plusieurs de ses collègues policiers, dont Louis Wilhem, Armand Buchheit et Édouard Gradt. Il procure à cette chaîne de nombreux faux papiers[1],[3].
À la fin de 1941, le docteur Charles Bareiss s'installe à Mulhouse ; le boucher Alfred Haeflinger le présente à Georges Henner. Ce dernier, présent dès la séance constitutive de l'organisation Bareiss, prend part à l'essentiel de ses rencontres décisives et ouvre volontiers sa maison à ses membres. Il alimente le médecin en informations et reste en contact avec l'agent de liaison Frédéric Schaelderlé ainsi qu'avec Émile Schmitt, secrétaire principal des chemins de fer, qui cherche à rallier les milieux ouvriers. En , il héberge le Strasbourgeois Robert Falbisaner et son épouse, recherchés, puis organise leur passage en Suisse[1],[2],[3].
Arrestation, condamnation et détention
[modifier | modifier le code]Le , la Gestapo l'arrête à Mulhouse, à la suite d'une trahison qui entraîne l'interpellation de 27 autres membres du réseau, parmi lesquels ses collègues Joseph Gesegnet et Louis Wilhem. Accusé d'espionnage et de soutien à l'ennemi au sein d'une organisation clandestine, il est incarcéré à Offenbourg. Le dossier, d'abord destiné au Volksgerichtshof (« tribunal du peuple »), est confié à la fin de au Reichskriegsgericht (« cour martiale du Reich ») sur décision du parquet de la première juridiction. L'instruction est alors reprise par des magistrats militaires[1],[2],[3].
Le 4e sénat de cette cour, présidé par le juge Biron, se transporte pour l'occasion à Strasbourg, où il juge du au Georges Henner et plusieurs autres membres de l'organisation. Reconnu coupable d'intelligence avec l'ennemi, il est condamné à mort ; l'amiral Max Bastian confirme le jugement le . Transféré à la prison de Bruchsal début , il échappe à l'exécution le : une décision de Hitler, qui concerne aussi 8 autres condamnés, remplace sa peine par une réclusion à subir outre-Rhin[1],[2].
Détenu à Bruchsal jusqu'en , il connaît ensuite les prisons de Siegburg et de Ludwigsbourg, puis celle de Hameln, où le conduisent les évacuations de la fin de la guerre. Libéré le , il rentre en France le , invalide à 95 %[1],[2],[3].
Après-guerre
[modifier | modifier le code]Une fois rentré, Georges Henner reprend sa carrière dans la police et accède au grade de commissaire. Il meurt à Mulhouse le [3],[5].
Distinctions
[modifier | modifier le code]Georges Henner est reconnu « déporté résistant »[6].
Officier de la Légion d'honneur par décret du [4] ;
Croix de guerre -[3] ;
Médaille de la Résistance française avec rosette par décret du avec la citation suivante[7],[1] :
« Résistant de la première heure. A rendu, grâce à sa situation dans la police, des services les plus signalés. A résisté aux tortures de la Gestapo, condamné à mort, a échappé de justesse à l'exécution. Exemple parfait d'un patriote intransigeant et plein d'abnégation. Magnifique exemple de patriotisme et de dévouement. Nonobstant sa situation délicate de fonctionnaire à la Sûreté Nationale repris d'office par l'administration allemande, a dès les premiers jours de l'occupation fait preuve d'un patriotisme à toute épreuve comme initiateur de la Résistance. A collaboré à de nombreux passages de prisonniers évadés, procurant en outre courageusement les papiers nécessaires au départ de ses collègues vers l'Intérieur. Arrêté le 3 juillet 1942, accusé de haute trahison, il fut traduit avec quelques uns de ses complices, devant le Reichskriegsgericht à Strasbourg qui le condamna à mort. La sentence n'ayant pas été excécutée, a misérablement vécu jusqu'au moment de sa libération dans les prisons d'Offenburg, Kehl, Bruchsal, Siegburg et Hameln. »
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Le Normand 2016.
- 1 2 3 4 5 6 Gerhards 2014.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Rudolph 2024, p. 814.
- 1 2 Base de données Léonore, « Henner Jean Georges », sur www.leonore.archives-nationales.culture.gouv.fr (consulté le )
- ↑ « Georges Henner », sur matchID – Fichier des personnes décédées (consulté le )
- ↑ Base des déportés-résistants, « Henner Georges », sur www.memoiredeshommes.defense.gouv.fr (consulté le )
- ↑ Base des médaillés de la résistance, « Henner Jean Georges », sur www.memoiredeshommes.defense.gouv.fr (consulté le )
Voir aussi
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: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Auguste Gerhards, « Henner Georges », dans Tribunal de guerre du IIIe Reich, Paris, Le Cherche Midi, .

- Éric Le Normand, « Georges Henner », dans La résistance des Alsaciens, Fondation de la Résistance, , DVD pédagogique (ISBN 978-2-915742-32-9).

- Luc Rudolph, « Georges Jean Henner », dans 5000 policiers en Résistance : Répertoire de la Résistance policière (1940-1945), Neuvic-sur-l'Isle, Les Livres de l'Îlot, , 1759 p. (ISBN 979-10-92474-89-3), p. 814.

- Charles Béné, L'Alsace dans les griffes nazies : - Le drame de l'Alsace : De la propagande nationale-socialiste à l'annexion totale de l'Alsace. Premiers contacts avec le Nazisme. - L'Alsace résistante, l'Alsace martyre: La Résistance passive. La Résistance active, l'aide à l'évasion., t. 1, Raon-l'Étape, Fetzer, , 246 p.
- Charles Béné, L'Alsace dans les griffes nazies : L'Alsace dans la Résistance française - Le sort de l'Alsace à l'aube de sa résistance intérieure. - L'action résistante dans le Haut-Rhin (Antennes de réseaux de résistance français en Alsace). - Résistance populaire et révolte des consciences (L'affaire du rapport économique et l'affaire Giraud). - Le salaire du patriotisme des Alsaciens. ., t. 2 : L'Alsace dans la Résistance française, Raon-l'Étape, Fetzer, , 357 p.
- Charles Béné, L'Alsace dans les griffes nazies : L'Alsace dans la Résistance française II - Premières Victoires de la propagande Nazie. - L'implantation Nazie à Strasbourg et en Basse-Alsace. - Organisations de résistance à Strasbourg et en Basse-Alsace. - Et le glas sonna! - Un jugement aux suites politiques inattendues. ., t. 3 : L'Alsace dans la Résistance française II, Raon-l'Étape, Fetzer, , 399 p.
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- Archives conservées par :
- Service historique de la défense - site de Caen (AC 21 P 570246)
- Service historique de la Défense - site de Vincennes (GR 16 P 289659)
- Ressource relative aux militaires :
- Ressource relative à la vie publique :
- Naissance dans le district de Haute-Alsace
- Naissance à Mulhouse
- Naissance en mai 1898
- Décès à Mulhouse
- Décès en juillet 1976
- Décès à 78 ans
- Résistant alsacien
- Résistant français
- Policier français
- Personnalité de la Section française de l'Internationale ouvrière
- Officier de la Légion d'honneur promu en 1970
- Titulaire de la croix de guerre 1939-1945
- Titulaire de la médaille de la Résistance française avec rosette