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Monday, January 02, 2012

Kamikaze (et remettre la soupe, 4 ans après...)


(...)

1) Jouer le jeu de la non-politique, en commentant sans fin des non-évènements de l'après-Histoire. En vain, car on ne peut pas lutter contre des gens qui sont payés pour commenter et même monter ces non-évènements.
On ne peut pas ramer au milieu d'un marécage et se plaindre que ça pue. Et là, le marécage est un bourbier, on ne peut que boucler sur une critique de thèmes constants.

2) Donner un faux débat philosophique à une époque qui n'en connait aucun. Notre époque est celle du vide idéologique, philosophique, intellectuel et moral.
Vouloir apporter une critique constructive contre une époque qui qualifie BHL d'intellectuel de gauche, c'est d'une naïveté quasi-collaboratrice. Il n'y a rien à ajouter à des gens qui assimilent toute critique de l'Empire à un "consentement à l'horrible".

(...)

Le slogan "ensemble tout devient possible" devrait bien plus épouvanter les honnêtes gens que quelques tests ADN...

Je suis profondément chrétien.
Cette société néognostique manichéenne me donne la nausée.
Tyrannie du Bien, aseptisation, messianisme séculier et croyance rancie dans un paradis terrestre toujours remis à demain.
Pour moi le Mal est insubstantiel.
Il n'existe pas. Le mal est juste l'irruption du Néant dans les mailles de la Création.
Le Néant, la Mort, l'Entropie.
Nous vivons dans une époque néantissime, celle du lendemain des idéologies, quand le seul paradis terrestre est celui du bonheur light, mi-hédoniste partouzeur mi-hygiéniste safe sex.
Les Morts parlent, on les fait parler. Nous vivons sous le règne des morts.
Je l'ai déjà montré à de multiples reprises sur ce blog :
flicage transtemporel (pour reprendre l'expression de Muray), anachronisme, blocage intellectuel sur la période 40-45 (comme si rien d'autre n'avait jamais existé).
On vit à l'époque du temps bloqué, où les gens passent l'essentiel de leur temps à éradiquer les symboles du passé, à "donner des claques à leur grand-mère". Inversement, les gens sont terrifiés, en toute justice, par le jugement que porteront sur eux "les générations futures" (en considérant qu'elles échappent à l'avortement, of course).
Si vous voulez une formule choc,
en résumé : notre époque est un Enfer pour Historiens.
Quand je parle de l'Historien, je ne désigne pas le petit prof de fac pépère.
Je parle de l'Esprit qui veut établir une pensée historique, expliquer, comprendre et mettre en perspective les faits du passé, et leurs conséquences dans le présent.
C'est interdit. C'est désormais dangereux, car entaché de consentement à l'horrible. Hegel serait jugé pour crimes de guerre, assurément.

Par conséquent ce blog cesse toute analyse profonde ou intellectuelle, c'est vain et stérile.
La meilleure "solution", c'est le mauvais esprit. L'ironie un peu franchouille. Les mauvais jeux de mots. Histoire de gâcher la fête.
Cela ne veut pas dire que j'abandonne ce blog. Loin de là.
Je vais surtout développer son côté "nomenclature", "abécédaire", etc.
Mais je vais cesser de commenter l'actualité, car c'est donner une Réalité à cet Antimonde onirique qui en est totalement dénué.

Trouvé la: A. Résistance, scepticisme, rébellion Lien permanent

Sunday, February 06, 2011

Réflexions sur la crise égyptienne



par Bernard Lugan[1]

Vendredi 4 février 2011

Après la Tunisie, l’Egypte s’est donc embrasée[2]. Oubliant le « je ne blâme ni ne loue, je raconte », cette règle d’or de leur profession, les journalistes se sont une nouvelle fois faits les porte-voix des manifestants. Se pâmant littéralement devant leurs actions, ils n’eurent pas assez de superlatifs pour décrire le « Peuple » égyptien unanimement dressé contre le « dictateur » Moubarak.
Tout a basculé dans leur petit univers borné de certitudes et d’approximations quand des partisans de ce dernier sont à leur tour descendus dans la rue ; et en masse. Il y avait donc deux peuples !!! Cette constatation avait de quoi perturber des esprits formatés. Durant un temps l’explication leur fut facile : les contre-manifestants étaient des policiers et des nervis payés[3] ; puis, horreur, ils découvrirent qu’il s’agissait d’habitants venus des « quartiers les plus pauvres».
Ainsi donc, des miséreux osaient venir gâcher la grande célébration démocratique dont ils étaient devenus les porte-voix. Plus encore, ces gueux osaient, crime des crimes, s’en prendre aux journalistes, ignorant qu’en France, cette intouchable caste constitue un Etat dans l’Etat devant lequel rampent et se prosternent les plus puissants. Ils auront du moins retenu de leur séjour au Caire que sur les rives du Nil les références ne sont pas celles des bords de Seine et que les voyages sont plus formateurs que les écoles de journalisme.
Ces ignorants n’ont pas vu que la vie politique égyptienne est organisée autour de trois grandes forces. La première, celle qui manifeste en demandant le départ du président Moubarak et pour laquelle ils ont les yeux si doux, est, comme en Tunisie, composée de gens qui mangent à leur faim ; il s’agit en quelque sorte de « privilégiés » pouvant s’offrir le luxe de revendiquer la démocratie. La seconde est celle des Frères musulmans ; pourchassée depuis des décennies et aujourd’hui abritée derrière les idiots utiles, cette organisation tente de se réintroduire dans l’échiquier politique pour imposer sa loi. La troisième force dont aucun « envoyé spécial » n’a jamais entendu parler est celle qui vit dans les quartiers défavorisés, loin donc de l’hôtel Hilton, ce spartiate quartier général des journalistes « baroudeurs », ou dans les misérables villages de la vallée du Nil, loin des yeux des touristes. C’est celle des fellahs besogneux, de ce petit peuple nassérien au patriotisme à fleur de peau qui exècre à la fois la bourgeoisie cosmopolite lorgnant du côté de Washington et les barbus qui voudraient ramener l’Egypte au X° siècle. Ce sont ces hommes qui ont volé au secours du Rais Moubarak en qui ils voient, à tort ou à raison, là n’est pas la question, un successeur, même lointain, du colonel Nasser.
Dernière remarque : pendant que la classe politique française sommait le président Moubarak de quitter le pouvoir, le président russe Medvedev avait un long entretien téléphonique avec lui, l’assurant qu’il s’élevait contre les ingérences étrangères. D’un côté des chiens de Pavlov levant la patte face à l’air du temps et de l’autre, un homme d’Etat familier des subtilités de l’ « orient mystérieux » …

[1] Auteur d’Histoire de l’Egypte des origines à nos jours. Editions du Rocher, 2002.
[3] Le chamelier et les vingt-deux cavaliers que l’on vit traverser la foule sont des guides pour touristes affectés au site des pyramides et rendus furieux d’être sans travail depuis le début de la révolution.