Pseudoscience
Instrument du début du XXe siècle conçu par Franciszek Rychnowski afin de mesurer les radiations d'une « énergie cosmique ».
Une pseudoscience[1] ou pseudo-science[2] (du grec ancien ψευδής, « faux, trompeur[3], mensonge »[4] et du latin scientia, « savoir ») est une discipline qui est présentée sous des apparences scientifiques, mais qui n'a ni la démarche, ni la reconnaissance scientifiques. Elle se situe en opposition à la science.
Le terme « pseudoscience » est souvent utilisé pour dénoncer la tromperie autour de certaines connaissances, c'est-à-dire ceux qui utilisent, sciemment ou non, des termes et des démarches qui semblent scientifiques ou logiques dans le but de s'attribuer le crédit que la science possède. Ils utilisent parfois un langage et des axiomes scientifiques, mais ne respectent pas les critères de la méthode scientifique, tels les principes fondamentaux de réfutabilité, de non-contradiction et de reproductibilité.
La pseudoscience se rapproche de la para-science (« auprès de, à côté de la science ») dont le terme est perçu comme étant moins péjoratif, et exprimant l'idée de proximité ou de contiguïté avec la science. Les disciplines ou connaissances dites para-scientifiques sont, au mieux, trop peu étayées pour être considérées comme parties intégrantes de la science. Jusqu’à preuve du contraire (reconnaissance par les institutions scientifiques), les thèses se réclamant de la para-science sont donc à placer en pseudoscience.
Sémantique
[modifier | modifier le code]« Pseudoscience » est un terme qui véhicule :
- Une valorisation par sa terminologie historique : « Pseudo-science » relève du vocabulaire positiviste ou néo-positiviste : Carnap[5] et Neurath parlaient de « pseudo-énoncés » (Scheinsätze), à propos d'expressions linguistiques ou de propositions logiques qui relèvent d'un langage étranger à la science physique (physicalisme), ou qui ne renvoient pas à des expériences sensibles (phénoménalisme), ce qui englobe la métaphysique et les sciences occultes ;
- Une dévalorisation : si l'on y perçoit une démarche contestable faisant croire à l'utilisation de la méthode scientifique dans un but éventuel de s'approprier l'aura de la science.
« Pseudo-scientifique » est différent de « non scientifique » ou de « para-scientifique » : le préfixe pseudo[6], qui vient du grec pseudês signifie « erroné, faux » (« trompeur ») :
- le terme « pseudo-scientifique », peut se traduire par « faussement scientifique » ;
- le terme « pseudo-science » signifie que sciemment ou non intentionnellement, une connaissance ou une démarche pseudo-scientifique est « faussement attribuée à la science ». Elle ne doit pas avoir la prétention d'être scientifique, ou afficher un langage qui donne l'illusion de l'approche scientifique[7],[8].
Mais toutes les disciplines pseudo-scientifiques n'ont pas le même degré de « revendication » scientifique :
- la médiumnité, par exemple, prétend à la réalité des phénomènes qu'elle allègue ; mais elle ne prétend pas nécessairement relever d'une démarche scientifique[9] ;
- a contrario, l'homéopathie, par ses expérimentations, se présente comme une science. Elle se réclame de principes énoncés comme des lois de la nature et de sa mise en œuvre régulière d'études cliniques visant à démontrer que les médicaments homéopathiques ont des effets supérieurs à ceux des placebos. Mais les scientifiques de la recherche pharmaceutique argumentent que les résultats de l'homéopathie n'ont pas été démontrés, ni ses principes vérifiés ; donc que l'homéopathie est une pseudo-science[10],[11],[12],[13],[14].
La ne-science est une absence de toute connaissance. Pour Manuel de Diéguez, les assertions de la ne-science s’opposent à toute notion d’esprit critique et adhèrent à des formes de pensées qui vont jusqu'à la pensée magique sans revendication scientifique[15].
« Para-science » : Certains auteurs ou certaines disciplines se revendiquent alternativement de la para-science ou de la pseudo-science, selon Pierre Lagrange, sociologue des sciences, spécialiste de l'étude des controverses sur les para-sciences.
« De nouvelles « disciplines » vont peu à peu apparaître dans le sillage des sciences : la cryptozoologie (1955, Bernard Heuvelmans), la parapsychologie (1934, Joseph B. Rhine) ou l'ufologie (1950), la transcommunication (1992, Adolf Homes) ou l'homéopathie (1810, Samuel Hahnemann) venant à chaque fois compléter une avancée de la science officielle par sa contrepartie parascientifique. […] L'astroarchéologie (1963, Gerald Hawkins) étudie la signification astronomique des monuments antiques, notamment mégalithiques. […] La revue Kadath est la première revue d'archéologie parallèle (1973). […] La psychologie transpersonnelle (1969, Abraham Maslow) [prend] en compte les phénomènes de synchronicité, l'étude des états modifiés de conscience, celle des expériences mystiques.
Parasciences : expression apparue au début du XXe siècle mais popularisée surtout après la guerre pour remplacer les expressions de « sciences occultes » ou de « fausses sciences ». […]
On parle aussi de « pseudosciences » dans le modèle qui se dégage actuellement des débats sur les sciences et les techniques […], les parasciences ne sont plus des aberrations, mais des forums dans lesquels se négocient des notions comme celles de preuves scientifiques ou d'expertise[16] »
— Claudie Voisenat et Pierre Lagrange, L'ésotérisme contemporain et ses lecteurs. Entre savoirs, croyances et fictions (2005)
Dans l'Antiquité, Pline l'Ancien recommandait déjà de séparer soigneusement la médecine (au sens large) des « impostures magiques » : « sous l'apparence d'avoir pour objet notre salut, [la magie] s'est glissée comme une autre médecine plus profonde et plus sainte. En second lieu, aux promesses les plus flatteuses et les plus séduisantes elle a joint le ressort de la religion, sujet sur lequel le genre humain est encore aujourd'hui le plus aveugle. Enfin, pour comble, elle s'est incorporé l'art astrologique; or, tout homme est avide de connaître son avenir, et tout homme pense que cette connaissance se tire du ciel avec le plus de certitude. Ainsi, tenant enchaînés les esprits par un triple lien, la magie s'est élevée à un tel point, qu'aujourd'hui même elle prévaut chez un grand nombre de nations, et dans l'Orient commande aux rois des rois »[17].

Origines de l'expression
[modifier | modifier le code]C'est au XIXe siècle — sous l'influence du positivisme d'Auguste Comte, du scientisme et du matérialisme — que fut exclu du domaine de la science tout ce qui n'est pas vérifiable par la méthode expérimentale[18].
L'expression « pseudo-science » est ancienne. En 1796 déjà, l'historien James Pettit Andrew parle de l'alchimie comme d'une « fantastique pseudo-science »[19]. En 1864 déjà, James Reddie s'interroge en ces termes sur l'avenir de la toute jeune anthropologie : « Alors que nous tentions d'organiser les faits — ceux que nous possédions déjà ou ceux que nous espérions découvrir — sur la base de fausses hypothèses, nous ne réussissions qu'à construire une « pseudo-science » élaborée qui pouvait effectivement avoir les apparences de la vérité mais ne possédait aucune solidité »[20].
En France, une recherche sur Gallica[21] montre que ce mot est largement utilisé au XIXe siècle. Le premier ouvrage identifié, sur ce site, est le Précis élémentaire de physiologie de François Magendie de 1816[22], dans une citation qu'il est intéressant de relire pour son actualité :
« La phrénologie, que je nommerais volontiers une pseudo-science, comme l'était naguère l'astrologie et la nécromancie, a tenté de localiser les diverses sortes de mémoire ; mais ces tentatives, louables en elles-mêmes, ne soutiennent pas encore l'examen. »
En particulier, le Grand Dictionnaire du XIXe siècle de Pierre Larousse mentionne, sur sa page de couverture, le terme pseudo-science dans les thèmes que cette encyclopédie aborde[23].
Recherche de critères
[modifier | modifier le code]La définition de critères simples, définitifs et exclusifs, est complexe, ainsi pour Massimo Pigliucci la démarcation repose plus vraisemblablement sur le déplacement d'un curseur le long d'un continuum de pratiques épistémologiquement plus ou moins fortes[24].
Critères externes
[modifier | modifier le code]Absence du monde académique
[modifier | modifier le code]Selon ce critère, si la discipline n'est pas enseignée à l'université et n'a pas de publications à comité de lecture, alors il s'agit d'une pseudo-science. Ce critère pourrait en théorie être utilisé par ceux qui considèrent qu'il n'est pas possible de trouver de critères objectifs sur le discours de la discipline. Toutefois, c'est un critère rarement utilisé aujourd'hui, en tout cas pas par les auteurs qui se sont penchés sur le phénomène et ont tenté d'en dégager des définitions, comme Robert Park[25], Martin Gardner[26], Richard Dawkins, Carl Sagan ou Alan Sokal.
C'est un critère qui peut être utilisé comme justification par les défenseurs de certaines pseudo-sciences, qui font remarquer que l'astrologie, du temps où elle était enseignée à l'université, au Moyen Âge, n'aurait pas été considérée comme une pseudo-science. Ainsi de nombreuses disciplines émergentes ont été indéniablement scientifiques (ex. : la génomique et la protéomique, à la fin du xxe siècle) avant d'être enseignées à l'université. De même, certaines pseudo-sciences liées à des secteurs industriels (notamment pharmaceutique, pour le cas de l'homéopathie) leur permettent dans certains pays un lobbying suffisamment puissant pour pénétrer progressivement les institutions officielles, universitaires ou hospitalières, sans que cela ne représente une validation générale de leurs principes.
Critères internes
[modifier | modifier le code]Absence de vérification empirique des hypothèses proposées
[modifier | modifier le code]Pour être nommée science, il faut qu'une discipline propose des moyens de vérifier empiriquement les hypothèses qu'elle avance. De nombreux scientifiques reprochent par exemple à la psychanalyse d'avancer des hypothèses qui ne sont pas vérifiables empiriquement, contrairement à une véritable science. L'un des buts essentiels de la science est de fournir une description du monde en se servant de concepts définis avec rigueur et précision, qui interviennent dans des théories dont on peut vérifier la validité ou la non-validité par des expériences.
Or, s'il s'agit de concepts pour lesquels il n'existe pas (ou pas encore) de définition précise et qu'on ne peut ni soumettre à l'expérimentation, ni à l'observation, ces études sortent du cadre scientifique. Cela ne veut pas nécessairement dire que ces études sont sans valeur en philosophie, en métaphysique, en théologie, etc. En fait, les hommes et femmes de science ne parlent de pseudo-science que si ces spéculations empruntent et déforment des termes scientifiques pour tenter de se donner un substratum scientifique, généralement auprès du grand public.
Impossibilité de réfuter les hypothèses soumises
[modifier | modifier le code]Le philosophe Karl Popper, constatant qu'il est possible de trouver des observations pour confirmer à peu près n'importe quelle théorie, propose une méthodologie fondée sur la réfutabilité : pour être admise comme scientifique, une théorie doit être réfutable. Exemple : l'eau dans laquelle a été dissous un anticorps en conserverait les propriétés même quand il n'y a plus de possibilité statistique que l'anticorps en question soit encore présent. Il s'agit d'une hypothèse scientifique. En effet, il suffit de mettre l'eau ainsi traitée en contact avec des globules blancs pour voir si ces derniers vont réagir ou non. S'ils ne réagissent pas, c'est que l'hypothèse est fausse (voir mémoire de l'eau). Exemple d'hypothèse pseudo-scientifique : la supposée « force psi », qui aurait la particularité de ne pas se manifester lorsqu'on tente de l'étudier en laboratoire, serait responsable des phénomènes de télékinésie. Cette hypothèse est impossible à réfuter car si aucune expérience ne peut mettre cette force en évidence, cela ne vient pas en contradiction avec l'hypothèse de départ. Donc, peu importe le résultat, l'hypothèse ne peut pas être infirmée.
Le philosophe des sciences Paul K. Feyerabend a opéré une critique de ce critère de réfutabilité poppérien. Feyerabend explique par exemple que le succès de Galilée est venu de son acharnement à partager son enthousiasme pour l'hypothèse copernicienne, à éluder les réfutations, à modifier ses méthodes et ses hypothèses ad hoc, et à user de persuasion en interpellant la population en italien plutôt qu'en s'adressant à la communauté scientifique, qui transigeait en latin. Tous ces comportements sont typiques desdits pseudoscientifiques, tant dans leur usage des instruments scientifiques, de la persuasion, du sensationnel, du populisme, et des preuves à leur disposition — ils permettent d'échapper à la réfutation.
« The first telescopic observations of the sky are indistinct, indeterminate, contradictory and in conflict with what everyone can see with his unaided eyes. And, the only theory that could have helped to separate telescopic illusions from veridical phenomena was refuted by simple tests. […] Galileo prevails because of his style and his clever techniques of persuasion, because he writes in Italian rather than in Latin, and because he appeals to people who are temperamentally opposed to the old ideas and the standards of learning connected with them[27]. »
Traduction :
« Les premières observations du ciel au télescope sont indistinctes, indéterminées, contradictoires et en conflit avec ce que chacun peut voir à l'œil nu. De plus, la seule théorie qui pourrait avoir aidé à séparer les illusions télescopiques des véritables phénomènes fut réfutée par de simples tests. […] Galilée a l'avantage grâce à son style et à ses astucieuses techniques de persuasion, parce qu'il écrit en italien plutôt qu'en latin, et parce qu'il représente un attrait pour les gens qui sont par tempérament opposés aux idées anciennes et aux standards d'éducation qui vont de pair avec elles. »
Les critiques feyerabendiennes du critère de réfutabilité ne sont pas pour autant une validation a priori de tous les canulars à prétention scientifique, mais une invitation à la rigueur — pour les poppériens —.
Aujourd'hui, plusieurs domaines des sciences, en particulier la physique, s'étant mathématisés à l'extrême, l'abus d'arguments qualitatifs est devenu une variante de non-réfutabilité. En effet, les défauts des différents modèles en cosmologie par exemple n'apparaissent qu'après des calculs très compliqués. Dès lors, une théorie alternative n'est pas acceptable si elle donne juste de vagues idées sur la manière dont elle résout les problèmes posés par les théories acceptées comme modèles provisoires — impossible de savoir si la nouvelle théorie résout vraiment les problèmes, ni si elle en crée de nouveaux[28].
Erreurs méthodologiques et manipulations statistiques des résultats
[modifier | modifier le code]Exemple : une compagnie pharmaceutique affirme que son nouveau produit est efficace dans 25 % des cas. En revanche, elle omet de rappeler qu'un placebo produit une amélioration des symptômes dans la même proportion[réf. nécessaire].
Conclusions hâtives, ou fausses conclusions, par rapport aux résultats
[modifier | modifier le code]Il y a une erreur classique dans l'emploi des statistiques qui consiste à confondre causalité et corrélation[29] qui est à l'origine de nombreuses affirmations pseudo-scientifiques.
Mais il y a aussi l'utilisation erronée des statistiques. Exemple : un voyant obtient un taux de succès, pour ses prédictions, de 75 %. En revanche, seulement quatre prédictions ont fait l'objet de l'étude. Les résultats, fondés sur un échantillon peu significatif, peuvent être le résultat du hasard. Autre exemple : pendant la nuit, des gens sont réveillés par un phénomène lumineux parcourant les fils électriques près de la maison. Le lendemain, ils constatent la présence de trois cercles où la neige était absente dans leur champ. Ils concluent que les cercles ont été causés par le phénomène lumineux aperçu sur les fils. En fait, après enquête, les cercles dans les champs ont été constatés par d'autres témoins quelques jours avant le phénomène lumineux. L'absence de preuve attestant d'un lien de cause à effet est souvent à l'origine de conclusions illégitimes.
Utilisation de sophismes pour appuyer une conclusion
[modifier | modifier le code]Par exemple, en ufologie, le raisonnement fallacieux de devoir renverser la charge de la preuve est souvent utilisé par les défenseurs de l'hypothèse extraterrestre : ils demandent aux sceptiques de prouver que le phénomène ovni n'est pas d'origine extraterrestre. Cela se rapproche du stratagème X (appelé aussi « Prendre avantage de l’antithèse ») de Schopenhauer dans L'art d'avoir toujours raison[30].
Remise en cause abusive d'acquis scientifiques
[modifier | modifier le code]Les domaines couverts par les sciences contemporaines sont si nombreux que chaque chercheur ne peut faire progresser qu'un secteur très réduit. En conséquence, le fait de supposer qu'une découverte isolée suffise à engendrer une théorie simple capable à elle seule de se substituer aux modèles établis dans un grand nombre de disciplines, en opposition avec tous les spécialistes de ces domaines, permet de qualifier un chercheur de crank[31] (terme anglais, utilisé pour désigner ce genre de pseudo-scientifiques, qu'on peut traduire par « hurluberlu, zinzin »). Cela est lié au stratagème XI (« Généraliser ce qui porte sur des cas précis ») de Schopenhauer dans L'art d'avoir toujours raison[32].
Distinctions entre science, parascience et pseudoscience
[modifier | modifier le code]Le sociologue Valéry Rasplus a analysé et illustré graphiquement cette distinction. Il considère que :
« Les parasciences et les pseudo-sciences prétendent utiliser une démarche, une méthode, un langage qui se situerait (P1) dans l’espace même du champ scientifique, (P2) à sa proche périphérie ou plus radicalement (P3) en s’en démarquant de deux manières : soit (P3-a) comme suprascience (la Science de la science : « haute science », « science sacrée/divine »), soit (P3-b) comme antiscience. Dans les cas (P1), (P2) et (P3-a), les parasciences et les pseudo-sciences se présentent sous les apparences de domaines scientifiques rénovés et souhaitent bénéficier de l’aura associée au mot science, de son autorité et sa légitimité, sans en avoir les exigences et sans en subir les contraintes (contrôles, tests, etc.) qui y sont associées, sauf s’ils confortent leurs positions. Elles rentrent en lutte pour conquérir un territoire du savoir et de la connaissance légitime. Nous entrons ici dans le registre de l’imitation, de l’air de famille, de la caricature, des apparences simplistes, de la confusion entre science et croyance. Dans le cas (P3-b), ce contre-savoir entend substituer à la science « néfaste » un savoir « alternatif » radical[33]. »
Stratégies pour paraître scientifique
[modifier | modifier le code]Plusieurs stratégies récurrentes ont été relevées qui permettraient de paraître scientifique.
L'utilisation du suffixe -logie permet de hisser à peu de frais n'importe quelle doctrine au rang de la biologie, la pharmacologie, la géologie, etc. Ce procédé est utilisé par des domaines aussi variés et peu scientifiques que l'astrologie, la graphologie, la réflexologie, la futurologie, la géobiologie, l'ufologie, ou bien sûr la scientologie.
Le détournement de titres universitaires est également fréquent, comme ceux de « docteur » ou « professeur » (ce qui constitue en France un délit[34]), ou surtout celui de « chercheur », qui a l'avantage de ne pas avoir de définition juridique. Germaine Hanselmann, plus connue sous le nom d’Élizabeth Teissier, a obtenu un doctorat de sociologie pour son travail très controversé sur L'épistémologie de l'astrologie à travers l'ambivalence fascination/rejet dans les sociétés modernes. Cette nomination a créé une polémique dans le monde universitaire, la docteure étant accusée d'avoir publié sa thèse afin d'appuyer auprès du grand public le caractère scientifique de l'astrologie, et de n'avoir été acceptée qu'en raison de la pression médiatique qu'elle était capable de faire peser sur l'université[35]. De même, des médecins ou d'autres professionnels aux titres prestigieux sont parfois sortis de leur spécialité réelle et utilisés comme caution scientifique dans des champs où ils n'ont aucune expertise, ce qui est très répandu notamment dans les milieux créationnistes américains. En France, c'est par exemple le cas de Claude Allègre, ancien géochimiste spécialiste des isotopes de la croûte terrestre profonde, qui a pris des positions publiques sur le thème du réchauffement climatique[36] (ainsi qu'en mathématiques[37]), pour lequel il n'a aucune légitimité scientifique[38],[39]. Des universités privées sont spécialisées dans la vente de diplômes, telle l’Open International University for Alternative Medicine en Inde, qui a fait l'objet d'une fermeture administrative après 12 ans de fraude[40],[41],[42]. Plus vulgairement, le simple port d'une blouse blanche peut suffire à impressionner et donner un air sérieux et intimidant à n'importe quel charlatan[43].
La création d'associations sous le nom de « Centre européen de recherche scientifique et d'observation sur… », « Institut de recherche sur... », etc., aux noms explicites et impressionnants, peut donner une apparence sérieuse aux activités qui s'y déroulent. Ces créations ne sont en fait soumises à aucun contrôle, et ne garantissent absolument pas la scientificité du contenu. Aux États-Unis, le Discovery Institute, qui se présente comme un think tank scientifique et apolitique se targuant du soutien de nombreux professeurs d’université prestigieux, est en réalité l'organe de communication du lobby créationniste américain à Seattle. De même, la Fondation pour la recherche scientifique turque (Bilim Araştırma Vakfı) est en fait un think-tank religieux antidarwiniste, dirigé par l'écrivain créationniste et négationniste Adnan Oktar (pseudonyme Harun Yahya).
De nos jours, de nombreux sites internet peuvent facilement se présenter visuellement comme des organes de presse de grande ampleur alors qu'ils ne sont en réalité que des blogs[44]. Leurs articles se donnant toutes les apparences formelles d'une enquête journalistique sérieuse peuvent ainsi se diffuser rapidement sur les réseaux sociaux selon le principe du marketing viral[45]. C'est par exemple le cas aux États-Unis d'un site conspirationniste comme NSBC International, et ses émanations canadienne Globalresearch.ca et française Réseau international. Ceux-ci publient régulièrement de faux articles journalistiques « prouvant » à chaque fois que les vaccins sont des inventions diaboliques, en citant des études scientifiques imaginaires ou obsolètes[46]. L'emploi du terme « international » dans le nom de ces sites est utilisé dans un but de mystification quant à l'ampleur réelle de ce genre de site, généralement géré par une poignée de personnes sans qualification professionnelle (avec un recours récurrent au pseudonyme ou au faux-nez pour augmenter artificiellement le nombre de journalistes). Une des figures argumentatives caractéristiques de ces sites est l'usage systématique de l'« appel à la peur »[47],[48]. La revue Science & pseudo-sciences propose, naguère sous la plume de Jean Günther et depuis 2015 sous celle de Sébastien Point, une rubrique intitulée « Sornettes sur Internet »[49] destinée à débusquer et dénoncer les discours pseudo-scientifiques que l'on rencontre sur le web. Les « décodeurs » du journal Le Monde signalent aussi régulièrement différents sites web et pages Facebook populaires (comme Santé+Magazine) qui relaient massivement des infox (fake news) à caractère médical (« remèdes miracles » contre l'obésité, le cancer ou d'autres maladies complexes, déclarations conspirationnistes et anti-scientifiques contre la médecine, informations fantaisistes sur toutes sortes d'aliments ou de traitements, etc.)[50].
Dans le même ordre d'idées, l'emploi d'un ton emphatique et d'un vocabulaire technique est une pratique qui peut impressionner l'auditoire ou le lecteur et masquer l'absence de sens d'un discours[47],[43]. Alan Sokal et Jean Bricmont dressent une liste d'auteurs qu'ils accusent d'utiliser ce procédé dans le domaine de la philosophie dans leur livre Impostures intellectuelles. Parmi les mots souvent utilisés, souvent issus des sciences reconnues et en particulier de la physique, on retrouve des termes tels que fluide, énergie, force, cristal, onde, résonance, champ, champ de forme, ou encore quantique (notamment à travers le mysticisme quantique). Une étude de 2008 démontre que les personnes non expertes en sciences comportementales accordent une plus grande importance aux explications qui contiennent des détails neuroscientifiques, même si elles n'apportent aucune valeur explicative[51],[52].
L'attribution d'une doctrine à l'« Orient » (comme la « médecine orientale »), instance d’appel à l'exotisme, est également très fréquente[53], et fort pratique en tant qu'elle empêche toute vérification de la part d'un interlocuteur occidental, et permet de justifier toutes sortes de déclarations. Les traditions médicales et spirituelles des pays asiatiques sont cependant extrêmement différentes les unes des autres (y compris au sein d'un même pays, notamment l'Inde ou la Chine), et ont connu de nombreuses évolutions pendant leur histoire[54] : l'essentialisation (c'est-à-dire la simplification fallacieuse et fixiste) de pratiques dites « orientales » procède donc toujours d'une tentative de tromperie. L'expression « médecine traditionnelle chinoise » (ou parfois tibétaine) est également employée abusivement pour vendre toutes sortes de produits de soins, qui n'ont bien souvent aucun rapport avec la pharmacopée chinoise, ou en sont des éléments isolés de manière arbitraire pour des raisons commerciales[53]. Par ailleurs, l'argument d'une médecine chinoise qui procèderait d'une philosophie radicalement différente de la médecine scientifique ne résiste pas à l'examen rigoureux de l'histoire de cette discipline, les médecins chinois ayant développé des méthodes scientifiques rationnelles dès l'Antiquité, ayant plus tard reçu une influence européenne grâce aux jésuites qui furent médecins officiels de l'empereur lors de leur arrivée en Chine au XVIe siècle-XVIIe siècle, et ayant ensuite participé en retour d'une manière significative à l'apparition de la médecine scientifique moderne[55]. En conséquence, les produits vendus en Europe sous couvert de médecine chinoise sont généralement plus issus de superstitions populaires que le fruit de la vraie tradition médicale chinoise, et ont au mieux des effets inexistants, au pire des effets aléatoires (auquel cas cela tombe sous le coup de la loi pour

