Mina Gregori
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Mina Gregori, née le à Crémone, est une historienne de l’art italienne. Élève de Roberto Longhi, elle a enseigné l’histoire de l’art à l’université de Florence, dont elle est professeure émérite. Ses travaux portent sur Caravage et ses suiveurs, sur la peinture lombarde et crémonaise et sur la peinture toscane des XVIIe et XVIIIe siècles.
Elle a présidé la Fondation Roberto Longhi de Florence, dont elle est présidente d’honneur, et dirigé la revue Paragone. Elle a choisi les œuvres du Caravage présentées en 1985 au Metropolitan Museum of Art de New York et à Naples. Certaines de ses attributions ont suscité des débats, notamment celle d’une Marie-Madeleine en extase en 2014. Elle est membre de l’Accademia dei Lincei.
Biographie
[modifier | modifier le code]Formation
[modifier | modifier le code]Mina Gregori naît le 7 mars 1924 à Crémone, où elle passe sa jeunesse[1],[2]. Elle suit les cours de Roberto Longhi à Bologne et y obtient sa laurea sous sa direction en 1949[2],[1].
Carrière
[modifier | modifier le code]Elle effectue sa carrière universitaire à Florence, où elle devient titulaire de la chaire d’histoire de l’art[n 1], puis professeure émérite[1]. Elle dirige l’école de spécialisation en histoire de l’art de l’université[2], où elle enseigne encore la méthodologie de l’histoire de l’art en 2014-2015[5]. En 1999-2000, elle est Kress Professor au Center for Advanced Study in the Visual Arts de la National Gallery of Art de Washington[6].
Elle a dirigé la revue Paragone[2] et présidé la Fondation d’études d’histoire de l’art Roberto Longhi de Florence[7],[8]. Cristina Acidini lui succède à la présidence de la fondation, dont Mina Gregori devient présidente d’honneur[3],[4]. Elle est membre de l’Accademia dei Lincei, dans la classe des sciences morales, historiques et philologiques[9],[1].
Travaux
[modifier | modifier le code]Caravage et ses suiveurs
[modifier | modifier le code]Désignée par Longhi, elle collabore en 1951 à l’exposition Caravaggio e i caravaggeschi au Palazzo Reale de Milan, point de départ de ses recherches sur le Caravage et ses suiveurs[2],[1][n 2]. Ses articles publiés dans Paragone et dans The Burlington Magazine proposent l’attribution d’œuvres inédites ou connues sous d’autres noms[2]. Elle choisit les tableaux du Caravage de l’exposition The Age of Caravaggio, présentée en 1985 au Metropolitan Museum of Art puis au musée de Capodimonte de Naples, et signe dans le catalogue l’essai Caravaggio Today[10],[2]. Elle étudie ensuite les méthodes d’exécution du peintre à l’aide des analyses de laboratoire, thème de l’exposition Michelangelo Merisi da Caravaggio. Come nascono i capolavori (Florence-Rome, 1991-1992)[2].
Autres domaines de recherche
[modifier | modifier le code]Elle travaille sur la peinture crémonaise du XVIe siècle et dirige en 1985 l’ouvrage I Campi : cultura artistica cremonese del Cinquecento, publié par Electa[11]. Elle étudie également la peinture toscane des XVIIe et XVIIIe siècles, à laquelle elle consacre des expositions[2],[3]. Elle s’intéresse aussi à la peinture lombarde du XIVe siècle, notamment à Giovanni da Milano, et présente en 2011 aux Lincei une étude sur Stefano Fiorentino[2],[9]. Elle est l’auteur de monographies sur Giovanni Battista Moroni (1979) et Giacomo Ceruti (1982)[2].
Expositions
[modifier | modifier le code]Selon La Nazione et Finestre sull’Arte, elle a conçu plus de cent expositions[n 3][3],[4]. Parmi celles-ci figurent une exposition sur la nature morte italienne, présentée en 2002-2003 à Munich et à Florence, et, en 2003-2004 à Athènes, une exposition sur la Renaissance italienne et la Grèce[2],[4]. En 2015, elle est commissaire générale de l’exposition De Giotto à Caravage. Les passions de Roberto Longhi au musée Jacquemart-André de Paris[7].
Attributions discutées
[modifier | modifier le code]Marie-Madeleine en extase
[modifier | modifier le code]En 2014, elle identifie comme original du Caravage une Marie-Madeleine en extase de 1606, conservée dans une collection privée[n 4]. L’œuvre n’était jusque-là connue que par des copies[13],[12],[14]. Elle fonde en partie son attribution sur un sceau de cire des douanes vaticanes du XVIIe siècle, au revers du tableau, qui indique que l’œuvre était destinée au cardinal Borghèse. En 2016, Rossella Vodret inclut le tableau dans une exposition du musée national de l’Art occidental de Tokyo, où il est montré au public pour la première fois[12],[13].
En 2018, le musée Jacquemart-André l’expose à côté de la Madeleine Klein, une autre version. La commissaire Francesca Cappelletti souligne la qualité du modelé et de l’expression du tableau, et Mina Gregori réaffirme dans le catalogue que l’exécution confirme la main du maître. Gert Jan van der Sman, de l’université de Leyde, estime au contraire que les deux tableaux sont des copies du XVIIe siècle et que la plupart des spécialistes sont sceptiques. John Gash, de l’université d’Aberdeen, se dit lui aussi sceptique[12].
Judith de Toulouse
[modifier | modifier le code]La Judith décapitant Holopherne découverte en 2014 à Toulouse est attribuée au Caravage notamment par Éric Turquin, l’un de ses découvreurs, et par Nicola Spinosa[15]. Lorsque Nicola Spinosa présente la toile à la pinacothèque de Brera en 2016, Artribune rapporte que Mina Gregori est d’un avis contraire[16]. Avec Gianni Papi, Giovanna Sapori et Alessandro Zuccari, elle figure parmi les spécialistes sceptiques, qui y voient une œuvre de Louis Finson[15].
Méthode et positions
[modifier | modifier le code]Mina Gregori fait de l’observation directe des œuvres le fondement du travail de l’historien de l’art : elle recommande de privilégier les musées aux bibliothèques et la vision des œuvres aux photographies[3],[1]. En 2015, elle définit le caravagisme comme « la découverte de la réalité » et attribue à Longhi le mérite d’avoir confronté l’art du passé à celui du XXe siècle[8]. Dans un entretien de 2024, elle critique le recrutement universitaire italien, qu’elle juge fondé sur le clientélisme plutôt que sur le mérite[1].
Réception critique
[modifier | modifier le code]Le musée Jacquemart-André la présente comme une spécialiste du Caravage[7], et The Art Newspaper comme une spécialiste reconnue de ce peintre[12]. La Nazione rapporte qu’on la surnomme « la signora del Caravaggio »[3]. En lui remettant le Pegaso d’oro en 2024, le président de la région Toscane, Eugenio Giani, salue un enseignement destiné à « educare l’occhio a leggere l’opera d’arte »[3]. Ses attributions ne font cependant pas l’unanimité. Celle de la Marie-Madeleine de 2014 est accueillie avec scepticisme par une partie des spécialistes[12], et sur la Judith de Toulouse elle s’oppose aux experts favorables à l’attribution au Caravage[16],[15].
Distinctions
[modifier | modifier le code]- Membre de l’Accademia delle Arti del Disegno de Florence[2].
- Chevalier grand-croix de l’ordre du Mérite de la République italienne[2].
Commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres[2], le [17].- Décorée de la Légion d'honneur[2],[1].
- Pegaso d’oro de la région Toscane (2024)[3],[4].
Publications choisies
[modifier | modifier le code]Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ La Voce di New York et le curriculum des Lincei parlent d’histoire de l’art moderne[1],[2], La Nazione et Finestre sull’Arte d’histoire de l’art médiéval et moderne[3],[4].
- ↑ Finestre sull’Arte associe ce titre à une exposition tenue à Florence en 2010-2011[4], alors que le curriculum des Lincei et La Voce di New York la situent à Milan en 1951[2],[1].
- ↑ La Voce di New York parle de « centaines » d’expositions[1].
- ↑ The Art Newspaper parle d’une collection privée européenne[12], La Voce di New York d’une collection privée anglaise[1].
Références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 (it) Massimo Cutò, « Mina Gregori si racconta. “L’occhio è l’organo più importante” », sur La Voce di New York, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 (it) « Curriculum di Mina Gregori » [PDF], sur Accademia nazionale dei Lincei (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 (it) Maurizio Costanzo, « Firenze, consegnato il Pegaso d’oro a Mina Gregori », sur La Nazione, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 (it) Redazione, « Mina Gregori riceve il Pegaso d'Oro dalla Regione Toscana », sur Finestre sull’Arte, (consulté le ).
- ↑ (it) « Programma didattico del corso Metodologia della storia dell’arte, A.A. 2014/2015 » [PDF], sur Università degli Studi di Firenze (consulté le ).
- ↑ (en) « Kress-Beinecke Professors », sur National Gallery of Art (consulté le ).
- 1 2 3 « De Giotto à Caravage », sur Musée Jacquemart-André (consulté le ).
- 1 2 Guy Duplat, « Une passion pour Le Caravage », sur La Libre Belgique, (consulté le ).
- 1 2 (it) « La restituzione di Stefano Fiorentino (invito alla Lectio brevis, 14 gennaio 2011) » [PDF], sur Accademia nazionale dei Lincei (consulté le ).
- 1 2 (en) « The Age of Caravaggio », sur The Metropolitan Museum of Art (consulté le ).
- 1 2 (en) « I Campi : cultura artistica cremonese del Cinquecento », sur Penn Libraries (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 (en) Gareth Harris, « Double vision: Paris show displays two Mary Magdalene Caravaggios », sur The Art Newspaper, (consulté le ).
- 1 2 (en) « Long-lost Caravaggio painting makes debut in Tokyo », sur CTV News (consulté le ).
- ↑ (it) Dario Pappalardo, « "E' lei la vera Maddalena". Svelato il mistero di Caravaggio », sur La Repubblica.it
- 1 2 3 Redazione, « La Judith de Toulouse attribuée au Caravage a été achetée par un particulier. Qui la prêtera à un grand musée », sur Finestre sull’Arte, (consulté le ).
- 1 2 (it) Redazione, « Un Caravaggio dubbio esposto alla Pinacoteca di Brera? Polemiche! “Aiutiamo la ricerca”, dice ad Artribune il direttore », sur Artribune, (consulté le ).
- ↑ Archives des nominations et promotions dans l'ordre des Arts et des Lettres.