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Hokusai

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Hokusai
Naissance
Décès
(à 88 ans)
Edo (Japon)
Période d'activité
Nom dans la langue maternelle
葛飾北斎 ou 葛飾󠄁北齋Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Formation
Ecoles de Kano Yusen, Tsutsumi Torin et Sumiyoshi Naiki.
Maître
Lieu de travail
Mouvement
A influencé
Enfants
Katsushika Ōi
Katsushika Tatsujo (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Œuvres principales
signature de Hokusai
Signature.
Vue de la sépulture.

Katsushika Hokusai (葛飾 北斎?)[N 1] est un peintre, dessinateur et graveur japonais du XVIIIe siècle, spécialiste de l’ukiyo-e, ainsi que l'auteur d'écrits populaires, surtout connu sous le nom de Hokusai (北斎?), ou son surnom de Gakyōjin, littéralement « Vieux Fou de dessin ».

Au cours de ses soixante-dix ans de carrière, il a réalisé une œuvre considérable de quelque 3 000 tirages couleur, des illustrations pour plus de 200 livres, des centaines de dessins et plus de 1 000 peintures. Il a rapidement abandonné le sujet étroit traditionnellement associé à l'école du « monde flottant » (ukiyo-e) dont il faisait partie, comme les images d'acteurs populaires et de courtisanes[1].

Les Trente-six vues du mont Fuji (1831 – 1833) comptant en réalité 46 estampes dont La Grande Vague de Kanagawa (1831) sont ses œuvres les plus connues. Il est également connu pour ses manga ainsi que pour son recueil Kinoe no Komatsu qui contient Le Rêve de la femme du pêcheur (1814).

Son œuvre influença de nombreux artistes européens, en particulier Paul Gauguin, Vincent van Gogh, Claude Monet et Alfred Sisley, et plus largement le mouvement artistique appelé japonisme.

Il est né le premier jour du cycle sexagésimal du neuvième mois de l'année du dragon de métal de l'ère Hōreki — probablement en octobre 1760[N 2] à Edo (actuel Tokyo) — et mort au matin du dix-huitième jour du quatrième mois de l'ère Kaei, an II — soit en avril ou mai 1849 dans la même ville.

De parents inconnus, Hokusai naît dans le quartier de Warigesui, district de Honjō (zone rurale encore connue sous le nom de Katsushika) à Edo, ancien nom de la ville de Tokyo, sur la rive orientale du fleuve Sumida (隅田川, Sumida-gawa?), dans la famille Kawamura[2]. Selon le testament de sa petite-fille Shiraï Tati[3], il aurait été le troisième fils de Kawamura Iti Royémon, qui aurait été artiste sous le nom de Bunseï[4].

Il est adopté vers l'âge de trois ou quatre ans par son oncle Nakajima (中島) Ise[2], fabricant de miroirs pour la cour du shogun. Hokusai, alors appelé Tokitarō (時太郎)[2],[5], manifeste très tôt des aptitudes pour le dessin et de la curiosité pour la peinture.

En 1773 – 1774, il est en apprentissage dans un atelier de xylographie et, en 1775, il grave les six dernières feuilles d'un roman humoristique de Sanchō[6]. En effet, les ateliers de gravure sont à l'époque très sollicités par les éditeurs d'Edo, qui demandent sans cesse des illustrations pour les ouvrages à publier : la plupart des apprentis se forment de cette manière[7].

Il intègre en 1778 l'atelier du maître Katsukawa Shunshō (1726 – 1792), un peintre d'estampes ukiyo-e, spécialiste des portraits d'acteurs de théâtre kabuki. Son atelier est alors notamment renommé pour la qualité de coloristes de ses membres[8]. C'est dans cet atelier que Hokusai commence son travail d'artisan du dessin et de l'estampe aux revenus modestes. Durant sa période de formation, il réalise des portraits de courtisanes, d’acteurs, des estampes commerciales à bon marché et illustre de nombreux romans populaires (Kibyoshi)[9]. Dès 1780, il adopte le pseudonyme Katsukawa Shunrô, qui prouve qu'il s'est parfaitement assimilé à l'école. Il illustre notamment les livres La Petite Violette d'Edo, Les Guerriers de Kamakura ou L'Esprit ouvert est très précieux[10].

Cependant, en 1785, il signe ses estampes d’un nouveau nom : « Gunbatei anciennement Shunrō » ce qui signifie peut-être une rupture avec l’école Katsukawa[11]. Selon Henri Focillon, Hokusai étudie alors le grand style classique de l'académie Kano, opposée à Shunshô[12]. En 1792, il quitte l’atelier à la mort du maître et décide de ne plus peindre de portraits d’artistes. Cela fait suite à un désaccord avec le successeur de celui-ci, Shunko[13], qui aurait déchiré une enseigne d'un marchand d'estampes peinte par Hokusai, la trouvant trop mauvaise[12].

Hokusai connaît alors une période de grande pauvreté durant laquelle il étudie les techniques des écoles de Kano Yusen, Tsutsumi Torin et Sumiyoshi Naiki[14]. Vers 1794, il réintègre une école classique : le clan Tawaraya de l'école Rinpa. À partir de l'année suivante, il prend le nom de Sôri II à la mort de l’un de ses maîtres, Tawaraya Sôri.

Il subit aussi l’influence de l’art occidental et découvre la perspective grâce à un artiste japonais, Shiba Kōkan, qui fréquente les Hollandais, seuls étrangers autorisés à amarrer à Nagasaki[15].

Premiers succès

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Son illustration du recueil poétique Kyôka Edo no Murasaki, en 1795, lui vaut son premier succès. Le Kyôka est une courte poésie, pastiche de poèmes classiques dont les Japonais sont très friands. Cette même année, il prend la direction de la prestigieuse école de Tawaraya[16].

De 1796 à 1799, il invente un style personnel, empreint de lyrisme, tout en subissant des influences chinoise et occidentale. Fréquentant une élite culturelle, il édite des calendriers (egoyomi) et produit un grand nombre d'albums et d’estampes en feuilles séparées, appelées surimono, estampes hors commerce, à diffusion privée, émises souvent à l’occasion du Nouvel An, accompagnées pour la plupart de courts poèmes (kyôka) et distribuées entre amis[9]. C'est à la même époque qu'il adopte pour la première fois le nom de Hokusai, signifiant « Atelier de l'étoile du Nord »[17], en hommage à la divinité bouddhique Myōken, incarnation de l’étoile du Nord, à laquelle il voue un culte particulier. Il se donne en 1800 le surnom de Gakyōjin, « le Fou de dessin »[15].

En 1804, il peint, dans la cour du temple d’Edo, au moyen d’un balai et d’un seau d’encre de Chine, un daruma géant de plus de 240 m2 que l’on doit hisser jusqu’aux toits pour permettre à l’assistance de l’admirer. Il réitère cet exploit en 1817 à Nagoya, avec le Grand Daruma. Il s’affirme en tant qu’artiste indépendant et réputé, suscitant élèves et imitateurs. Parallèlement à sa production de surimono, d’estampes polychromes et de peintures, il illustre un grand nombre de yomihon, romans-fleuves inspirés de légendes chinoises[9]. Durant cette décennie, il produit également quantité de paysages, dans la veine de l'Ukiyo-e, en particulier les Cinquante-trois étapes sur la route de Tokaido[18].

Parmi ces œuvres illustrées figure le roman Shinpen suiko gaden, adaptation japonaise du roman chinois Au bord de l'eau: la traduction, d'abord confiée à Kyokutei Bakin, est reprise après une controverse par Takai Ranzan. Hokusai en illustre lui-même les soixante et un premiers volumes entre 1805 et 1838; l'achèvement de la série, jusqu'au quatre-vingt-onzième et dernier volume, est ensuite confié à son élève Taito II[19].

À cette époque, les figures de ses personnages s'allongent et évoquent de plus en plus des états d'âme complexes. Hokusai les intègre aux paysages plutôt que de les isoler sur fond neutre. Les paysages deviennent ensuite, peu à peu, un thème à part entière[20].

Voyages et Manga

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Le Rêve de la femme du pêcheur
estampe érotique, 1814.

De 1811 à 1819, il commence à parcourir le pays, de l’ancienne capitale Kyoto à la ville nouvelle de Edo. Il s’arrête à Nagoya, où il rencontre l'artiste Bokusen (ja). Suivant les conseils de ce dernier, deux ans plus tard, en 1814, année où il prend le nom de Taitô[17] (nom également lié au culte des astres, se référant à la Petite Ourse), il publie sa Manga, un recueil de ses multiples carnets de croquis, d’études originales et marginales. Manuels didactiques et cahiers de modèles, il en publie les dix premiers volumes. Ce sera une encyclopédie imagée du Japon en quinze volumes, contenant d’innombrables croquis, fournissant aux artistes un répertoire iconographique de modèles sur tous les sujets[9]. En 1815, il publie également Leçons de danse, succession de dessins illustrant des pas de danse[21].

C'est durant cette période qu'il compose ses estampes érotiques les plus célèbres, notamment Jeune fille plongeant ravie par les pieuvres, dans le recueil Jeunes pousses de pin publié en 1814[22].

Ses contemporains ont remarqué que ce projet suivait celui de Kuwagata Keisai et son ryakuga[23]. La publication de cette série de livres d’images s'étend jusqu'en 1834 et comprend douze volumes.

Les séries célèbres

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Dragon volant au-dessus du mont Fuji
Obuse, Hokusai Museum.

Âgé de soixante ans, Hokusai prend le nom de Iitsu de 1820 à 1835, pour signifier son passage dans un nouvel âge (« Âgé à nouveau d’un an », première année du nouveau cycle astrologique de 60 ans), et s'adonne à cette période à l'illustration de livres[24].

Pour l'illustration d'un livre inédit, il crée en 1829 plus de 100 dessins. Au cours des deux années précédentes, il avait souffert de la mort de sa deuxième épouse et s'était remis d'un accident vasculaire cérébral mineur. Quelques mois seulement après la fin de ces œuvres, il déplore dans une lettre sa misère, due en partie à des dettes de jeu contractées par son grand-père. Ces dessins anciennement propriété du collectionneur et joaillier Art nouveau Henri Vever (1854-1942), ont été redécouverts en 2019, et acquis par le British Museum[1].

Les années 1830 marquent l’apogée de sa carrière. Il déploie une activité débordante, maîtrise parfaitement l’art du paysage, révélant la beauté majestueuse de la nature. Ses séries d’estampes les plus connues datent de cette époque : Trente-six vues du mont Fuji[9], Vues remarquables de ponts de différentes provinces, Les Cascades de différentes provinces, ainsi que des séries d'Oiseaux et de Fantômes (cette dernière est interrompue à la fin de la cinquième planche).

1831 voit la parution d’une de ses œuvres majeures, la série d’estampes Fugaku Sanjūrokkei ou Trente-six vues du mont Fuji, qui lui vaut une reconnaissance internationale. Il se sert alors du bleu de Prusse, introduit au Japon en 1829 et dont Keisai Eisen a déjà tiré profit. Il produit dans la même période plusieurs séries d’estampes qui rompent toutes avec la tradition de l’ukiyo-e[9].

Entre 1830 et 1832, il compose une série sans titre de dix estampes de grand format horizontal, dite des Grandes Fleurs pour la distinguer de celle de plus petit format, dite des Petites Fleurs. Il reprend le thème traditionnel chinois des kachôga, « études de fleurs et d'oiseaux »[25].

De 1834 à 1849, sous le nom de Manji (« Dix mille ans ») ou Gakyō Rōjin Manji, signifiant « vieillard fou de peinture », il publie les Cent vues du mont Fuji (1834-1840), soigneusement imprimées en trois volumes dans de délicates teintes de gris, et deux séries célèbres illustrant des anthologies de poésie classique : Le Vrai Miroir des poètes et des Poèmes chinois et japonais et Les Cent poèmes expliqués par la nourrice.

Fin de carrière

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Il quitte Edo fin 1834 pour passer une année à Suruga dans la péninsule de Miura au sud d’Edo et publie l’année suivante sa série Fugaku Hyakkei ou les Cent vues du mont Fuji, qui reprend au trait tout son travail sur le paysage[24]. Très soucieux de la qualité des impressions, il obtient des éditeurs que les gravures soient réalisées par Egawa Tomekichi dont il se dit très satisfait[26].

Vers le milieu de 1836, il retourne à Edo alors que la capitale connaît la Grande famine Tenpō. Il survit grâce à la vente de ses œuvres contre un peu de nourriture et arrête sa série de Cent Poètes et Poèmes, commencée au début de l’année, à la vingt-septième planche[27].

En 1839, un incendie dévaste son atelier, détruisant les travaux accumulés des dernières années. C'est à cette époque qu'un jeune artiste, Hiroshige Ando vient concurrencer sa célébrité[28].

Dans les années 1840, comme beaucoup d’artistes ukiyo-e en fin de carrière, il se désintéresse de l’estampe et s’adonne surtout à la peinture. Les dix années qui suivent sont calmes en matière de production. On raconte que, chaque matin, il s’efforce de produire au moins un dessin, rituel auquel il s’adonne jusqu’à sa mort. Il dessine une multitude de lions gardiens chinois (chinois : 石獅 ; pinyin : shíshī) pour conjurer le mauvais sort[29].

C'est en 1845 qu'il fait son dernier voyage à la rencontre d’un ami d'Obuse de la province de Shinano. Il exécute au cours de cette visite quelques peintures dans un temple.

Il meurt en avril ou , selon une date controversée, laissant en guise d’adieu ce poème témoignant de son goût pour la nature : « Même fantôme - J’irai marcher gaiement - L’été dans les landes. »[9].

Sur son lit de mort, il prononce ces dernières paroles : « Si le ciel m'avait accordé encore dix ans de vie, ou même cinq, j'aurais pu devenir un véritable peintre »[2]. Sur sa pierre tombale il laisse cette épitaphe : « Oh ! La liberté, la belle liberté, quand on va aux champs d'été pour y laisser son corps périssable ! »[30].

Hokusai a eu cinq enfants de ses deux épouses : deux garçons et trois filles, dont la plus jeune, Sakae, plus connue sous le nom d'Ōi ou O-Ei, a également été peintre[31].

Ses cendres ont été ensevelies à Edo dans le cimetière attenant au temple Seikiō-ji[N 3], dans le quartier populaire d’Asakusa, où il a passé la majeure partie de sa vie. Il laisse derrière lui une œuvre qui comprend 30 000 dessins.

Noms d'artiste

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Sur les cent vingt noms d’artiste et pseudonymes qu'il utilise, on peut en retenir six principaux qui correspondent aux six grandes phases de sa carrière :

  • de 1779 à 1794, Katsukawa Shunrô (« Splendeur du Printemps »)[9] ;
  • 1795-1798, Sôri II (nom pris à la mort de l’un de ses maîtres, Tawaraya Sôri) ;
  • 1799-1810 : Hokusai (« Atelier du Nord ») en hommage à la divinité bouddhique Myōken, incarnation de l’étoile du Nord, à laquelle il voue un culte particulier ;
  • 1811-1819 : Taitô (nom également lié au culte des astres, se référant à la Petite Ourse) ;
  • 1820-1835 : Iitsu (« Âgé à nouveau d’un an », première année du nouveau cycle astrologique de 60 ans) ;
  • 1834-1849 : Manji (« Dix mille ans ») ou Gakyō Rōjin Manji, signifiant « vieillard fou de peinture »[9].

À signaler également les noms d'Katsushika Hokusai (1805-1810). Il a aussi utilisé plusieurs noms secondaires et pseudonymes, comme Toki (1799), Raishin (1811), Kakō (1811). Cependant, il est rare qu'il ait utilisé deux noms principaux en même temps. Le tableau ci-dessous tente de recenser les signatures utilisées par Hokusai dans ses œuvres. Il ne s'agit pas toujours de noms à proprement parler, mais de formules incluant le nom de l'artiste d'une façon particulière[5],[32]. Par exemple Sōri aratame Hokusai signifie « Hokusai anciennement Sōri ». Parfois, l'artiste indique son âge : Hachijūhachirō Manji pourrait se traduire par « Manji au vieil âge de 88 ans ».

Liste des signatures utilisées par
Hokusai sur les estampes et les livres illustrés
Nom principalDates
Katsukawa Shunrō (tsutsushinde kore wo zusu)1779 - 1789
Katsu Shunrō1781 - 1789
Shunrō1781 - 1792
Gunbatei1786
Katsushika jū Shunrō1791
Kusamura Shunrō1793 - 1794
Hokusai Sōri1793 - 1797
Sōri (utsutsu)1795 - 1798
Hyakurin Sōri1797
Hokusai Tokimasa1798
Sōri aratame Hokusai1799
Saki no Sōri aratame Hokusai1799 - 1800
Hokusai1799 - 1818
Fusenkyo Hokusai1799
Gakō Hokusai1799
Hokusai Tatsumasa1800
Tokitarō Kakō (Sorobeku)1800
Kakō (Sorobeku)1803
Kakō1801 - 1804
Gakyōjin Hokusai (rōfu)1801 - 1807
Gakyōrojin Hokusai1804 -