Boat-people

Le terme boat-people ou boat people[1] (composé par juxtaposition des mots anglais signifiant « bateau » et « gens ») désigne des réfugiés de trois phénomènes d'émigration successives de la péninsule indochinoise de la mer de Chine entre 1975 et 1990, se déroulant après la guerre d'Indochine et la guerre du Viêt Nam, après un siècle de colonisation française. Ces migrations d'ampleur, provoquées par plusieurs conflits successifs, dont la guerre entre le Cambodge et le Viêt Nam, sont accentués par les conditions de vie et la situation économique au Viêt Nam, au Laos et au Cambodge.
Ayant principalement lieu à bord d'embarcations inadaptées, surchargées et en mauvais état, ces phénomènes migratoires mènent rapidement à une crise humanitaire. Au cours des traversées, de nombreux passagers périssent par noyade, maladie, famine et froid, mais également à cause des attaques de pirates.
Ultérieurement, le terme est parfois utilisé dans la presse francophone au sens figuré pour désigner plusieurs phénomènes migratoires distincts.
Contexte historique
[modifier | modifier le code]La lutte des populations de l'Indochine française, notamment organisées autour du Việt Minh, pour la décolonisation prend la forme de la guerre d'Indochine entre 1946 et 1954. Ce conflit entraîne la création de deux nouveaux pays, le Cambodge et Laos, ainsi que la partition du Viêt Nam. Cet éclatement, acté lors des accords de Genève, donne lieu quelques années plus tard à la guerre du Viêt Nam, qui s'aggrave dans la seconde moitié des années 1960, opposant notamment l'armée américaine à la guérilla communiste menée par le Front national de libération du Sud Viêt Nam. À l'issue du conflit, l'armée américaine, qui avait pris le contrôle du Cambodge en 1969, doit l'évacuer en 1975. Prenant le pouvoir au Cambodge, les Khmers rouges fondent le Kampuchéa démocratique, un régime autoritaire et violent dirigé par Pol Pot, tandis que le sud-Viêt Nam intègre la république démocratique du Viêt Nam. Au cours de la guerre entre le Cambodge et le Viêt Nam, le Viêt Nam envahit et occupe le Cambodge en 1978, renversant le régime de Pol Pot et mettant fin au génocide cambodgien. Allié des Khmers rouges, la République populaire de Chine provoque à son tour guerre sino-Viêt Namienne en 1979 en attaquant le Viêt Nam.
Phénomènes migratoires successifs
[modifier | modifier le code]Premières émigrations de 1975 : crise des réfugiés d'Indochine
[modifier | modifier le code]Après l'effondrement de la république du Viêt Nam dans le sud Viêt Nam en à l'issue de la guerre du Viêt Nam, une partie de la population quitte précipitamment le pays avec les Américains. Ces réfugiés ne sont pas encore très nombreux[2]. Parmi eux, des officiers et leurs familles, quand elles n'avaient pas évacuées plus tôt, mais aussi plusieurs milliers d’hommes du dispositif militaire déployé par les Américains ou encore quelques riches familles pour qui la fuite est financièrement possible. L'historien Benoît de Tréglodé rappelle qu'en 1975, il n'y a pas de véritable tradition maritime chez les populations Viêt Namiennes. La présence de plusieurs millions de mines antipersonnelles, placées sur les 700 kilomètres de frontière terrestre du pays, poussent cependant les réfugiés à embarquer sur des petites embarcations de fortunes[3].
Après la réunification du Viêt Nam en 1976, des réseaux clandestins d'émigration se mettent en place. Le nombre de réfugiés croît très rapidement : de 11 306 en 1976, puis 24 662 fin , ils passent à 45 437 fin 1977, dont 34 % de boat people[2]. Le Laos est également concerné, avec 23 000 réfugiés franchissant en 1977 la frontière du Mékong en direction de la Thaïlande[2].
Deuxièmes émigrations en 1979 : guerre entre le Cambodge et le Viêt Nam
[modifier | modifier le code]La crise humanitaire culmine en 1979, avec la crise politico-militaire et un conflit armé triangulaire opposant le Cambodge, le Viêt Nam et la Chine[2]. Ces tensions et les affrontements armés consécutifs inquiètent les populations du sud du Viêt Nam, notamment celles ayant évolué dans un contexte pro-occidental, parmi lesquelles la minorité ethnique sino-viêt namienne, exerçant principalement des activités commerciales, d'autant que les khmers rouges ont « vidé les villes et institué une sorte de communisme agrarien qui va se révéler tragiquement coûteux en vies humaines »[2].
Le nombre de réfugiés atteint 118 492 en 1978, dont 75 % de « boat people », puis enregistre un quasi triplement l'année suivante, passant à 393 562 en 1979 dont 52 % par la mer, avant de diminuer à 168 151 en 1980, dont 45 % par bateaux[2].
Troisièmes émigrations dans les années 1980 : relâchement des entraves à l'émigration
[modifier | modifier le code]Au fil de ces tensions idéologiques, et ceci jusqu'à la fin des années 1980, une forme particulière de départ maritime voit le jour, parfois qualifiée de départ semi-officiel[4]. Moyennant le versement d'une somme d'argent aux autorités locales et aux organisateurs, les candidats à l'exil volontaire sont informelement autorisés à embarquer sur des embarcations souvent inadéquates au périple, fréquemment supeuplées. Une fois en mer, les navires sont victimes des exactions, non seulement de pirates mais également de garde-côtes, outre les avaries et les naufrages[5]. La quantité des faits et des victimes est telle que les régimes impliqués ne parviennent pas à les minimiser ou dissimuler. Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés estime qu'entre 200 000 et 250 000 personnes périssent à cette période[5]. Ce chiffre est néanmoins à nuancer, aucune statistique précise ne pouvant être établie. Le journaliste australien Barry Wain avance quant-à lui le chiffre le 30 000 victimes, soutenant que la crise des boat peoples étant très observée, la mort en mer de 200 000 personnes aurait signifié que 200 navires transportants plus de 1000 personnes chacuns auraient été coulé aux yeux du monde entier. Or, les descriptions de l'époque font état des naufrages d'embarcations allant de 20 à 40 personnes, demandant donc le naufrage de 5000 à 10 000 embarcations, un chiffre estimé irréaliste et impossible dans le contexte de l'époque[6].
Parmi les exilés, ceux qui parviennent à destination à Hong Kong sont dirigés vers des camps dans lesquels ils sont retenus. Les grands médias de l'époque se font l'écho tant des drames survenus en mer que de l'accueil rudimentaire des réfugiés dans ces camps. Les images de milliers de visages parqués derrière des barbelés ou des barreaux dans des conditions déplorables soulèvent l'indignation dans plusieurs pays occidentaux, qui donnent lieu à l'organisation de plusieurs missions d'assistance en mer.
L'émigration à grande échelle commence cependant à cesser dans les années 1990.
Réactions en France et aide humanitaire
[modifier | modifier le code]Médiatisation en France
[modifier | modifier le code]Le missionaire catholique français François Ponchaud, qui a quitté le Cambodge le après la victoire des communistes, recueille des témoignages alarmants de réfugiés cambodgiens, dans deux articles parus dans Le Monde en , mais les télévisions découvrent réellement les boat-people avec le cargo Hai Hong, qui a fait la une des journaux le [7]. Onze jours après, des dizaines d'artistes et intellectuels français lancent un appel dans Le Monde pour « Un bateau pour le Viêt Nam »[8],[9], afin d'apporter une aide médicale aux réfugiés. Parmi eux, Jean-Paul Sartre, Raymond Aron, Brigitte Bardot, Simone de Beauvoir, Vladimir Boukovski, Irwing Brown, Maurice Clavel, ou encore Pierre Daix[8]. Sept mois plus tard, le président français Valéry Giscard d'Estaing recevra deux philosophes, Jean-Paul Sartre et Raymond Aron, à l'Élysée pour parler des boat-people.
Raymond Aron, en allant plaider la cause des boat-people à l'Élysée devant Valéry Giscard d'Estaing en , demande aux hommes politiques de résoudre le dramatique problème de l'accueil des réfugiés, repoussés par de nombreux pays (en particulier par Hong Kong, l'Indonésie et l'Australie). Jean-Paul Sartre, déjà âgé, se rallie à cette cause. Avec d'autres intellectuels et des personnalités telles que André Glucksmann, Yves Montand ou Simone Signoret, Bernard Kouchner lance l'opération Un bateau pour le Viêt Nam et affrète un cargo, L'Île de Lumière[10]. Cette mission humanitaire en mer de Chine, qui donne ensuite naissance à l'association Médecins du monde, est suivie de nombreuses autres. La France accueille donc un quota officiel de réfugiés des camps. C'est la première grande vague d'immigration d'origine asiatique en France.
La dernière mission d'assistance en mer a eu lieu au printemps 1989, à bord du Mary, petit cargo financé par André Gille (un donateur particulier), à bord duquel se relaient des équipes soutenues par l'association française Partage. Le quotidien Libération a consacré plusieurs articles à cette opération sous la signature de Pierre Joffrey entre les 7 et .
La première campagne d'urgence
[modifier | modifier le code]L'opération « Un bateau pour le Viêt Nam » lancée par Bernard Kouchner est considérée comme « la première campagne de promotion des urgences humanitaires »[11]. Kouchner avait été pendant deux ans président de Médecins sans frontières (1975-1977). Xavier Emmanuelli et Claude Malhuret lui ont succédé à la tête de MSF. Comme tout le bureau, ils sont contre ce bateau. Mais Kouchner passe outre.
Ce type d'opérations est marqué par un style (« spectacularisation et sollicitude envers les victimes ») qui est amplement repris par la suite[11].
La mobilisation giscardienne
[modifier | modifier le code]La campagne de mobilisation nationale suit la découverte des charniers cambodgiens et des camps de fortune thaïlandais. Comme le dit Karine Meslin, « la mobilisation du gouvernement français [présidence Giscard d'Estaing] permet d'abord de réaffirmer l'adhésion française au bloc de l'Ouest et de redéfinir ainsi les alliances et les mésalliances françaises au sein du jeu politique et économique international. »
Sans compter que cela redore le blason de la France « pays de droits de l'homme », bien terni avec les guerres de décolonisation.
Michel Drucker, Philippe Douste-Blazy ou Charles Millon ont adopté des boat people et les ont encouragés à faire des études. Dans le cas de la famille Chirac, Anh Đào Traxel, accueillie le à l'aéroport de Roissy, s'est vu payer six mois de cours de français, puis Bernadette Chirac lui a très vite trouvé un emploi « de femme de service dans un foyer pour retraités », ce qu'elle « regrette beaucoup » ensuite, en déclarant avoir été « utilisée » à des fins électorales.
Selon la thèse obtenue en 2013 par Karen Akoka, sociologue, maître de conférences à l’université de Paris Ouest Nanterre et chercheure à l’Institut des sciences sociales du politique, les boat people de l’ex-Indochine seront ensuite dans les années 1980 acheminés en France après avoir été sélectionnés en Thaïlande sur des critères divers : services rendus à la France, présence d’une famille en France, connaissance de la langue française[12].
Le gouvernement français conditionne les droits qui leur sont spécifiquement ouverts à l’obtention du statut de réfugié mais certains ne demandent pas ce statut pour éviter « une rupture symbolique trop forte avec le pays d’origine » ou pour conserver le droit à « des retours pour de courts séjours à l’occasion d’un décès ou d’un mariage »[12].
Selon Pascal Brice, directeur de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), lors de l’exil chilien puis des boat-people, il n’y avait pas d’entretien à l’Ofpra. Le statut de réfugié est ainsi délivré de manière automatique, sans même être auditionnés par l’Ofpra, qui les appelle « ex-Indochinois », et au cours de cette période, environ 97 à 99 % l'obtiennent[12], avec par ailleurs des hébergements, assistances sociales et aides financières mis en place pour eux[12]. Le but est de « décrédibiliser les nouveaux régimes de la péninsule qui ont le double tort d’être communistes et anciens vainqueurs de la guerre de décolonisation » mais aussi de bénéficier de leur jeunesse[12] et de la bonne « réputation de travailleurs dociles et non syndiqués »[12] alors que les Africains sont « considérés, eux, comme trop politisés à l’heure où se multiplient les grèves, dans le secteur automobile »[12]
Selon la thèse soutenue en 2013 par Karen Akoka, « dans le contexte de la guerre froide et de demandeurs fuyant majoritairement des pays communistes, donner le statut était un moyen de décrédibiliser le communisme et donc une arme de politique étrangère »[13].
Accueil en France
[modifier | modifier le code]Quand Bernard Kouchner se mobilise en 1978, en collaboration avec le monde associatif, des comités d'accueil voient le jour un peu partout en France[14]. De 1975 à 1991, la France a accueilli plus de 120 000 personnes venues du Cambodge, du Laos et du Viêt Nam, au titre officiel de « réfugiés », selon des experts, dont 47 356 Cambodgiens, selon la professeure Karine Meslin, et beaucoup de Viêt Namiens sont entrés sans le statut de réfugié[15]. Certaines fuyaient les régimes communistes, d'autres parfois juste la misère[14]. Le voit la création par Bernard Kouchner d’un vaste comité de soutien aux réfugiés politiques du Viêt Nam, qui meurent chaque jour en mer de Chine[16], au lendemain d'un reportage au journal télévisé de 20 heures sur TF1, sur le Haï-Hong, emblématique rafiot chargé de 2 564 réfugiés faméliques et loqueteux[17]. On découvre alors l'afflux des réfugiés fin 1978 en Malaisie, qui en accueillera 60 000 pour la seule année, dont 40 000 sur le seul îlot de Poulo Bidong, selon Libération du , qui observera qu'elle est avec la Thaïlande l'une des deux principales terres de refuge pour les boat people.
Un article de Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos dans le magazine Le Point de ce même dénonce le « trafic de chair humaine » orchestré par le Viêt Nam avec ses propres citoyens candidats à l’exil[16], un éditorial de Robert Hersant dans Le Figaro condamne l'initiative de Bernard Kouchner, par ailleurs présentée avec sarcasme comme « un bateau pour Saint-Germain-des-Prés »[18] mais le maire de Paris, Jacques Chirac, soutiendra ensuite l'appel et recueillera lui-même une petite Viêt Namienne qu'il élèvera comme sa fille[15]. Le Parti socialiste appelle à l'accueil de 20 000 réfugiés, le RPR fait de même[19]. Kouchner avait en effet pris soin de rassembler artistes et intellectuels de tous bords[19], en confiant à Claudie Broyelle, ex-maoïste repentie, auteure de plusieurs livres sur la Chine des années 1970, la présidence du comité[20] et c'est elle qui se charge de les rallier. Parmi eux, lors d'une réunion chez le dissident soviétique Maximov, Bernard-Henri Lévy proposa d'attaquer l'ambassade du Viêt-Nam à Paris, mais l'idée de Bernard Kouchner de repêcher les réfugiés à l'aide d'un bateau l'a emporté. En mai 68, à l'époque de la guerre américano-Viêt Namienne, les étudiants de l'Association médicale franco-Viêt Namienne et du Comité Viêt-Nam national avaient déjà proposé l'envoi d'un bateau avec pour slogan « de la quinine et une trousse de secours dans chaque village »[17]. Michel Cordier, armateur de la Compagnie des chargeurs calédoniens, mobilise un des navires de sa flotte[17].
Le journal de 20 heures du observe, quatre jours après la création du comité par Kouchner, que « la pression internationale a permis de débloquer une aide humanitaire de base : leur distribuer de l’eau et des vivres »[16]. Le y est diffusée une interview de Bernard Kouchner, qui explique le but du comité qu'il a fondé le , complété par une autre, de la principale figure du comité, l'acteur Yves Montand, suivi d’autres intellectuels, dont les deux principaux sont Jean-Paul Sartre et Raymond Aron[16]. La veille est paru dans Le Monde leur appel signé par des dizaines d'artistes et intellectuels français, en faveur d' « Un bateau pour le Viêt Nam »[8],[9]. Le , la télévision française diffuse un reportage sur les réfugiés viêtnamiens en Malaisie, sur une plage, qui racontent leur exode et leur condition de vie dans les bateaux[16] puis sur l'arrivée en France des réfugiés à l’aéroport de Roissy devant une nuée des journalistes[16] et leur installation dans leur cité d’accueil, mais aussi sur le transbordement des réfugiés du Haï-Hong dans deux vedettes[16]. Le Cap Anamur, bateau ouest-allemand, sera à son tour armé pour le secours des boat people en mer de Chine par le journaliste Rupert Neudeck[21].
Au cours de la conférence internationale de Genève de , qui fait la Une de Libération du [18], il est décidé que tout exilé du Cambodge, du Laos ou du Viêt Nam était de facto considéré comme un réfugié, mais aussi de répartir dans les « pays riches » une partie de ces réfugiés venus de la Thaïlande ou secourus en mer de Chine[14]. Parmi eux aussi, beaucoup de khmers cambodgiens, réfugiés dans un premier temps au Viêt Nam mais ne pouvant s'y installer[14].
Quelques mois avant son décès et déjà aveugle, Jean-Paul Sartre serre la main le de Raymond Aron devant les télévisions du monde entier réunies à l'hôtel Lutetia, puis le devant l’Élysée, avec cette fois la présence d'André Glucksmann. Ce dernier avait déjà été reçu avec Bernard-Henri Lévy le à l'Élysée[22], pour un dialogue « dans la perspective de l'an 2000 »[22], l'Élysée annonçant le lendemain renoncer à la mesure d'expulsion de Daniel Cohn-Bendit, comme réclamé la veille par André Glucksmann[22].
Ce nouveau cliché médiatique, « en fait, apparaît en trompe l’œil » et signifie « publiquement le déclin des intellectuels, déjà submergé par les sonorités et les images de la culture de masse », selon l'historien Jean-François Sirinelli[23]. Giscard d'Estaing décide d'augmenter le nombre de visa mais la Marine nationale n'est pas mobilisée [21], un communiqué niveau militaire d' mentionnant même qu'elle évite la zone, à la suite des « réticences du gouvernement »[21] à soutenir l’action du comité de Kouchner, alors qu'en elle avait porté secours aux premiers boat people[21], les chrétiens du Tonkin fuyant après la fin de guerre d'Indochine et que depuis le début des années 1970, elle avait mené des dizaines d’opérations de secours d’urgence[21]. Et dès le , Libération s'inquiète en première page que la mobilisation des médias en faveur des boat people décline[18], « L'île lumière » ayant terminé sa campagne humanitaire de 5 mois[18].
Le régime d'exception de ces réfugiés indochinois en France
[modifier | modifier le code]En principe, selon la convention de Genève, le statut juridique de réfugié est délivré au cas par cas. Mais dès 1975, le gouvernement français a fixé des quotas réservés aux ressortissants de l'Asie du Sud-Est, escortés jusqu'en France par la Croix-Rouge, puis appelés à déposer une demande de reconnaissance individuelle auprès de l'Ofpra, sans grand suspense car la délivrance du statut de réfugié est quasiment systématique : personne n'a à apporter les preuves de persécution et le bien-fondé de leurs demandes n’est pas mis en doute — ou ne l'est que tardivement[24].
En règle générale, les demandeurs d’asile ne reçoivent de carte de travail qu'après avoir été accordé le statut de réfugié politique. Pour les réfugiés du Sud-Est de l'Asie, non seulement le droit au travail est immédiat, mais le contrat de travail nécessaire pour obtenir une carte de travail non provisoire est réduit de un an à trois mois et inclut même les contrats à temps partiel[24].
Des cellules ANPE sont réservées aux réfugiés de l'Asie du Sud-Est. Et les employeurs bénéficient de mesures incitatives, notamment financières, pour favoriser leur embauche[24].
Hommages
[modifier | modifier le code]En 1984, le groupe de rock français Gold sort l'album Le Train de mes souvenirs dans lequel figure la chanson Plus près des étoiles, qui rend hommage aux boat-people Viêt Namiens. C'est le plus grand succès du groupe avec Capitaine abandonné en 1985[réf. souhaitée].
À Genève () et à Liège (), des stèles sont érigées à la mémoire des victimes, et pour marquer la reconnaissance des survivants à l'égard des pays d'accueil. Le gouvernement de Hanoï, toujours dirigé par le Parti communiste Viêt Namien, parvient à faire détruire deux autres stèles, l'une en Malaisie, l'autre en Indonésie, par pressions diplomatiques sur ses voisins.
Dettes
[modifier | modifier le code]Plusieurs décennies après, d'anciens boat people ont voulu « rembourser leur dette », c'est-à-dire l'argent qui leur avait à l'époque été prêté pour financer leur voyage depuis le Viêt Nam, ou depuis des camps de réfugiés en Thaïlande, en Malaisie, aux Philippines, par le Comité intergouvernemental pour les migrations européennes (Cime), via plusieurs parmi lesquelles le Secours catholique[14].
Autres utilisations du terme
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Par extension ce terme de boat-people est utilisé dans d'autres circonstances : ainsi notamment à Cuba, l'exode de Mariel en 1980, puis de nouveau en 1994, ou bien en Italie lors du naufrage à Lampedusa en 2013.
En , l'historien Alain Le Doaré nomme l'exposition dont il est le commissaire : Voyages au bout de la mer - Boat people, hier, aujourd'hui. L'exposition relate l'histoire des centaines de milliers de Viêt Namiens qui ont tenté de quitter leur pays par la mer à partir de 1975. Photos, films, sons, écrits, racontent cette histoire via les témoignages des réfugiés, des marins, des journalistes, des médecins. L'exposition a été reprise aux Champs Libres à Rennes en 2009, sous le titre Boat-people, bateaux de l'exil[25],[26].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Graphie admise par le Larousse, Le Robert et la Commission d’enrichissement de la langue française.
- 1 2 3 4 5 6 Hugues Tertrais, « La Cimade, l’Indochine et ses réfugiés (1969-1979) », dans La Cimade et l’accueil des réfugiés : Identités, répertoires d’actions et politique de l’asile, 1939-1994, Presses universitaires de Paris Nanterre, coll. « Sources et travaux de la BDIC (La Contemporaine) », , 173–181 p. (ISBN 978-2-8218-5109-2, lire en ligne)
- ↑ « Boat people, fuir par la mer au péril de sa vie », sur France Culture (consulté le )
- ↑ Les Femmes dans l'immigration vietnamienne en France : De 1950 à nos jours, Chloé Szulzinger, p. 18.
- 1 2 (en) « Vietnam, post-war Communist regime (1975 et seq.): 365,000 », Secondary Wars and Atrocities of the Twentieth Century, (consulté le )
- ↑ Barry Waine, The Refused: The Agony of the Indochina Refugees, Simon and Schuster, , 87 p.
- ↑ "10 novembre 1978. Le jour où le cargo « Hai Hong », rempli de boat-people, fait la une des journaux" par Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos
- 1 2 3 UN APPEL DU COMITÉ " UN BATEAU POUR LE VIETNAM", dans Le Monde du 22 novembre 1978
- 1 2 « Un bateau pour le Vietnam : quand la France découvrait les boat-peoples du 24 septembre 2015 - France Inter », sur franceinter.fr (consulté le )
- ↑ « Grâce à l'Ile de Lumière, des milliers de Vietnamiens ont reconstruit leur vie », La Croix, (lire en ligne).
- 1 2 [Hourmant 1997] François Hourmant, chap. 5 « Sous le signe des droits de l’homme et de la démocratie », dans Le désenchantement des clercs. Figures de l'intellectuel dans l'après-Mai 68, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Res publica », , 264 p. (lire en ligne [sur books.openedition.org]), p. 169-199 (§ 8).
- 1 2 3 4 5 6 7 "Réfugiés ou migrants ? Les enjeux politiques d’une distinction juridique", par Karen Akoka, dans la Nouvelle revue de psychosociologie en 2018
- ↑ Débat sur le droit d’asile dans le numéro d'octobre 2015 du journal Cause commune entre Karen Akoka, sociologue, maître de conférence à l’Université de Paris Ouest Nanterre et chercheure à l’Institut des Sciences sociales du Politique, Pascal Brice, directeur de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) et Philippe Leclerc, représentant du Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) auprès de la France.
- 1 2 3 4 5 « Ces anciens boat people qui ont voulu “rembourser leur dette” », sur La Vie.fr, (consulté le )
- 1 2 AFP, Réfugiés: en 1979, l'élan humanitaire pour les boat-people d'Asie, nouvelobs.com, 11 septembre 2015
- 1 2 3 4 5 6 7 "10 NOVEMBRE 1978. QUI VEUT DES 2 500 BOAT PEOPLE VIETNAMIENS À BORD DU CARGO HAI HONG ? KOUCHNER !" le 12/11/2012 sur INDOMEMOIRES
- 1 2 3 "Pour les 40 ans de l’Ile de Lumière, un bateau pour le Vietnam, une exposition au musée maritime est prévue" le 17 août 2019
- 1 2 3 4 "Le vietnam et les damnés de la mer". Article de Brigitte MARTINEZ, France Terre d'Asile le 8 juillet 2011
- 1 2 "Quand Sartre et Aron se réconciliaient pour aider les réfugiés (1979)" par Thomas Snégaroff, site web de Radio France le 26/08/2015.
- ↑ Michel-Antoine BURNIER, «Aron lui lance: Bonjour, mon petit camarade», sur Libération (consulté le )
- 1 2 3 4 5 "La coopération Marine-Médecins du Monde et l'assistance aux boat people du golfe de Siam (1982-1988)" par Laurent Suteau, dans la revue Matériaux pour l’histoire de notre temps en 2009
- 1 2 3 « Le problème Cohn-Bendit ne restera pas sans solution déclare M. Giscard d'Estaing », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ "Chapitre 13. 1979 : Sartre, Aron et les cimetières marins" par l'historien Jean-François Sirinelli dans la revue Les Révolutions françaises en 2017
- 1 2 3 Meslin 2006.
- ↑ « Site de l'exposition »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur boat-people.fr (consulté en ).
- ↑ « Exposition aux Champs Libres (Rennes) : Boat people, bateaux de l'exil », sur bretagne-tours.com, (consulté en ).
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Boat People (en français : Passeport pour l'enfer) : film réalisé par Ann Hui
- Que la barque se brise, que la jonque s'entrouvre : téléfilm franco-cambodgien de Rithy Panh
- Balsero
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Kim Thúy, Ru, Libre Expression, .
- Karine Meslin, « Accueil des boat people : une mobilisation politique atypique », Plein droit, no 70, (lire en ligne [sur gisti.org], consulté en ).
.
Liens externes
[modifier | modifier le code]- « Les réfugiés de la mer »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur archives.radio-canada.ca, Les Archives de Radio-Canada (consulté en ) (page accessible par Archive.is).
